Politique du Maroc en Afrique de l’Ouest : ambitions et valeurs partagées, l’ambassadeur du Maroc décortique les enjeux

« Le Maroc n’est pas un acteur extérieur, encore moins un observateur : il est une puissance africaine pleinement ancrée dans cet espace ouest-africain commun. »

L’exercice auquel s’est prêté l’Ambassadeur du Maroc au Sénégal Hassan Naciri en parlant de la coopération du royaume chérifien et de l’Afrique de l’’Ouest a permis d’avoir un éclairage sur les relations multidimensionnelles et denses, touchant à la politique, l’économie, la culture, la sécurité et les liens humains.  « Elles reposent sur une coopération fructueuse et une confiance réciproque, bâties sur plusieurs décennies de dialogue et de réalisations concrètes.» Le diplomate a relevé la place des étudiants, des familles, et des professionnels qui constituent un ciment essentiel, qui donne une profondeur véritable à la relation. » Il y a aussi la croissance des échanges commerciaux et des investissements qui confirme que cette coopération n’est pas seulement politique : elle est pleinement économique et tournée vers l’avenir. » Hassan Naciri a rappelé la déclaration du Roi Mohammed VI à l’occasion du 64ème anniversaire de la Révolution du Roi et du Peuple, en 2017 « Nous avons choisi de mener une politique de solidarité à l’égard du reste des pays africains en mettant en place, avec eux, des partenariats équilibrés, sur la base du respect mutuel et dans l’intérêt bien compris des peuples africains. En effet, le Maroc n’a jamais cherché à faire valoir l’argent comme monnaie de change dans ses rapports avec ses frères africains. Il a plutôt fait le choix de mettre son savoir-faire et son expérience à leur disposition, car Nous sommes persuadé que la vraie source de profit pour les peuples n’est pas l’argent précaire, mais l’essence impérissable de la connaissance. Et ces pays le savent bien. Voilà pourquoi ils sollicitent la coopération du Maroc et son soutien pour appuyer leurs efforts dans de nombreux domaines, et non l’inverse » avait dit le Roi Mohamed VI. Une phrase qui selon lui illustre la vision partagée d’une Afrique solidaire, forte et prospère, où le Maroc contribue aux côtés de ses pairs et frères à jouer un rôle actif, constructif et pragmatique.

Des projets de développement majeurs

La conférence qui s’est déroulée dans les locaux de l’Institut de  défense du Sénégal en présence du Général Abdoullatif Kamal, Directeur Général de l’IDS, de plusieurs ambassadeurs, d’officiers supérieurs et, de plusieurs ambassadeurs africains, des auditeurs (élèves) de l’Institut et des invités. Des projets de développement majeurs à l’initiative du Roi Mohamed VI ont été présentés. Il s’agit du gazoduc Maroc-Nigéria, le Gazoduc Afrique-Atlantique, anciennement nommé Nigeria–Maroc. Il s’agit d’un mégaprojet stratégique qui incarne parfaitement la vision afro-atlantique de Sa Majesté le Roi. Long de plus de 5 600 kilomètres, il reliera le Nigeria au Maroc en traversant 13 pays d’Afrique de l’Ouest, créant un corridor énergétique sans équivalent sur le continent. »

Ce projet vise à sécuriser l’approvisionnement énergétique de l’Afrique de l’Ouest, à réduire les coûts, à soutenir l’industrialisation régionale et à favoriser la transition vers des énergies plus propres. » Le Maroc joue un rôle de plateforme énergétique entre l’Afrique et l’Europe : le gazoduc permettra d’alimenter les marchés africains et, à terme, de renforcer l’intégration énergétique du continent. »Au-delà de l’énergie, c’est aussi un projet de co-développement, créateur d’emplois, de infrastructures, et de stabilité régionale. »« Ce corridor gazier reflète la vision royale : penser grand, penser africain, et investir pour les générations futures.

Les trois initiatives du Roi Mohamed VI

L’Initiative Atlantique constitue aujourd’hui l’un des projets géopolitiques les plus ambitieux du continent. L’objectif est de faire de l’Atlantique africain un espace de stabilité, de prospérité et d’intégration, regroupant les pays côtiers et les États enclavés du Sahel. Cette initiative vise à structurer une région atlantique africaine, en renforçant la coopération sécuritaire, le commerce, les infrastructures, l’énergie, les ports et les chaînes logistiques. Elle a été lancée en 2023 par le Roi Mohamed VI. Elle répond aussi à un enjeu fondamental : corriger les inégalités géographiques et économiques, et permettre aux pays du Sahel de sortir de leur isolement stratégique. « Le Maroc s’engage à mettre à disposition son expertise maritime, portuaire, logistique et commerciale pour construire cet espace commun » a révélé l’Ambassadeur Naciri pour qui « Cette initiative s’inscrit dans la même logique que le gazoduc : penser l’Afrique comme un tout intégré, tourné vers l’avenir, la connectivité et la croissance partagée. »

Un autre projet important est l’initiative Royale pour favoriser l’accès des Etats du Sahel à l’océan Atlantique. Le Mali, le Niger, le Burkina Faso et le Tchad qui font face à un handicap géographique majeur auront accès à la mer. Sa Majesté le Roi Mohammed VI a proposé une approche résolument solidaire : leur garantir un accès souverain, durable et sécurisé à l’océan Atlantique, afin de briser l’isolement logistique et économique dont souffrent ces pays depuis des décennies. Cet accès à l’Atlantique permettrait aux États sahéliens d’exporter, d’importer, et de se connecter aux grandes routes commerciales mondiales, tout en renforçant leurs chaînes de valeur nationales. Le Maroc met à disposition son expertise portuaire et logistique à savoir : Le port Tanger Med, Dakhla Atlantique, Nador West Med, ainsi que ses corridors routiers et ferroviaires en pleine expansion.  L’objectif est double : accélérer le développement économique du Sahel et stabiliser la région, en offrant de nouvelles perspectives d’intégration, d’emploi et de croissance.  Ce projet est un levier concret pour transformer les défis géographiques en opportunités économiques partagées.

Vision globale pour l’Afrique

L’Ambassadeur du Maroc Hassan Naciri a relevé que l’accès à l’Atlantique n’est pas une initiative isolée : il vient compléter le gazoduc et l’Initiative Atlantique. Ensemble, ces trois projets constituent une architecture intégrée au service de la connectivité africaine, du développement et de la stabilité régionale.

Toutes ces initiatives participent toutes au renforcement des mécanismes d’intégration continentale tels que la ZLECAf, la CEDEAO, et bien sûr l’Union africaine. Ainsi, démonstration est faite que le Maroc joue un rôle central : celui de catalyseur d’intégration économique et logistique, en créant des corridors d’énergie, de transport, de commerce et de connectivité entre l’Afrique de l’Ouest, le Sahel et l’Atlantique. L’objectif est clair : un développement inclusif, une sécurité régionale partagée, et une coopération Sud-Sud concrète, qui bénéficie à tous les pays africains impliqués.

Cette importante rencontre s’est tenue le 18 novembre, jour anniversaire de l’indépendance du Royaume chérifien.